Sauce Srafla par Vincent Bako

« Cette sauce, aussi gluante que le gombo, est très populaire dans ma région et se mange avec le Tô »

Le récit qui va vous être raconté a été livré par Vincent, un Burkinabé d’une bonne trentaine d’années, résidant en France depuis 2012. Cette histoire commence par une légende, construite, comme souvent, à partir de faits réels, parfois romancés, amplifiés ou faussés par un bouche-à-oreille, particulièrement dans une culture africaine très orale. Ce bagage culturel accompagne bien souvent les personnes ayant quitté leur pays et elles le transmettent ensuite aux générations suivantes.

Un jour, l’ethnie des Gouin Turka fut attaquée par une horde d’ennemis. Bien inférieurs en nombre, ils durent prendre la fuite. Ils coururent avec leurs femmes et leurs enfants, ainsi que tout ce qu’ils pouvaient prendre avec eux. L’ennemi s’approchait, leur destin semblait scellé ! Les Anciens du village demandèrent au Grand Baobab sa protection. L’arbre a alors ouvert son coeur et accueilli les Gouin Turka en son sein. Il s’est refermé sur eux et leurs ennemis ont donc poursuivi leur course, sans remarquer leur présence. Depuis ce jour, les Gouin Turka ne mangent plus les feuilles du baobab, en signe de gratitude envers l’arbre qui avait sauvé leurs ancêtres.

Puis Vincent continue de nous raconter :

Cheick, mon cousin, est un Gouin Turka. Durant nos études, nous avons été colocataires à Bobo-Dioulasso, une des plus grandes villes du pays où j’ai grandi. Sa famille l’avait mis en garde au sujet de la consommation de cet aliment.

Nous n’avions pas beaucoup d’argent et moi et mes amis ne croyions pas en cette légende. Dans ces circonstances, il a fini par manger des feuilles de baobab. Il a eu une réaction violente, sa peau s’est mise à sécher, tout en produisant du pus. Je ne connais pas le mot français pour ça, nous appelons ça kaba. Une fois à l’hôpital, les médecins, perplexes, ont parlé d’une allergie alimentaire.

Au même moment, au village de Cheick, ils ont eu l’intuition que quelque chose n’allait pas et ils ont prévenu son père qu’il était en danger. Il a sauté sur son cyclomoteur pour rejoindre son fils. Arrivé auprès de Cheick et informé de son état, il s’est violemment emporté contre nous. Il était persuadé que c’était le fait d’avoir consommé ces feuilles qui avait mis sa vie en péril. Ce qui s’est confirmé puisque, quelques semaines après avoir arrêté d’en mangé, mon cousin était totalement rétabli.

Ayant constaté la difficulté des médecins à établir un diagnostic, Vincent semble proposer une autre lecture, où l’individu est à considérer avec son histoire. Plus largement, il témoigne de la disparition des croyances traditionnelles dénigrées par l’éducation religieuse et l’avènement de la modernité dans les zones urbaines du Burkina Faso.

Recette

PERSONNES

10

TEMPS

20 min

ORIGINE

Burkina Faso

Ingrédients

10 tomates
3 petits poivrons
5 oignons
Huile d’arachide
5 pieds de feuilles de baobab
Sel
Poivre
3 cs poudre de poisson séché

Préparation

  1. Faire revenir les tomates, les poivrons et les oignons dans l’huile d’arachide.
  2. Recouvrir d’eau et porter à ébullition.
  3. Ajouter les feuilles de baobab et assaisonner avec le poivre, le sel et la poudre de poisson séché.